Article de fond — Forêts, sols, eau, diversification et incendies
Diversifier sans nier les sols, l’eau, le climat ni la place du pin maritime
Après les incendies majeurs de 2022 et les nouveaux feux de juillet 2026, l’idée de remplacer les pins maritimes des Landes par des feuillus revient régulièrement dans le débat public. Mais une forêt ne se transforme pas par simple décision théorique. Les sols sableux, l’alios, les variations de la nappe, le microrelief et les différents types de landes imposent une approche beaucoup plus fine. La question n’est pas de savoir comment supprimer le pin maritime, mais où, comment et avec quelles essences construire une forêt plus diverse, plus vivante et plus résiliente.
Le présent article propose une méthode territorialisée : conserver le pin maritime comme essence structurante de nombreuses stations, tout en renforçant une mosaïque de feuillus, de ripisylves, de lisières, d’îlots, de haies, de zones humides et de corridors adaptés à chaque milieu.
Article mis à jour le 31 juillet 2026, notamment au regard du rapport INRAE 2026 consacré à huit arboretums expérimentaux du Sud-Ouest et du règlement interdépartemental de protection de la forêt contre les incendies.

I. Sortir de l’opposition entre pin et feuillus
Après les incendies de 2022 et le nouvel incendie majeur de Saumos en juillet 2026, la composition du massif des Landes de Gascogne est de nouveau discutée. La critique vise souvent la continuité de peuplements réguliers de pin maritime, la faible diversité de certaines parcelles, la quantité de combustible disponible, la vulnérabilité aux sécheresses et l’appauvrissement de certains paysages forestiers. Consulter le point de situation officiel de la préfecture de la Gironde au 30 juillet 2026.
Ces interrogations sont légitimes. Une forêt très homogène, à l’échelle de vastes continuités, peut cumuler plusieurs fragilités : exposition commune aux mêmes aléas climatiques ou sanitaires, faible diversité d’habitats, interfaces simplifiées, propagation plus aisée de certaines perturbations et capacité de régénération dépendante d’un nombre limité de trajectoires.
Mais la réponse ne peut pas être : « remplaçons les pins par des chênes ». Les arbres ne sont pas des éléments interchangeables. Une essence qui paraît préférable sur le plan symbolique, paysager ou même écologique peut échouer si elle est installée sur une station trop sèche, trop pauvre, trop hydromorphe ou soumise à des fluctuations de nappe incompatibles avec ses besoins.
L’erreur inverse consiste à affirmer que rien d’autre que le pin maritime ne pourrait vivre dans les Landes. Les inventaires forestiers, les vallées, les bords de cours d’eau, les garennes, les lisières et les régénérations spontanées montrent au contraire la présence ancienne et actuelle de nombreux feuillus. Le rapport technique du CNPF Nouvelle-Aquitaine consacré à la diversification souligne que ces feuillus sont surtout présents dans les sous-bois, les milieux interstitiels, les vallées et les bordures de peuplements, selon des exigences stationnelles précises. Consulter le rapport technique du CNPF Nouvelle-Aquitaine.
II. Pourquoi le pin maritime s’est-il imposé ?
Le pin maritime n’est pas seulement le produit d’une décision industrielle du XIXe siècle. Il était présent dans le Sud-Ouest bien avant la généralisation de la sylviculture moderne, notamment sur les dunes littorales et dans différents secteurs de l’intérieur. Le CNPF le qualifie d’essence naturelle et autochtone de la forêt des Landes de Gascogne. Consulter la présentation du pin maritime par le CNPF.
Cette présence ne signifie pas que le massif contemporain serait une forêt naturelle demeurée intacte. Les paysages ont été profondément transformés par la fixation des dunes, le drainage, la loi du 19 juin 1857, la mise en culture ou le boisement de terrains communaux, l’extension du gemmage, puis le développement d’une filière industrielle du bois et du papier. Le pin maritime existait ; l’action humaine a considérablement accru la superficie, la continuité, la régularité et la fonction productive de ses peuplements.
Son succès tient cependant à une adaptation réelle. Il supporte des sols très sableux, acides, pauvres en éléments minéraux et soumis à des régimes hydriques contrastés. Selon les stations, ses racines doivent faire face à un déficit d’eau estival, à un engorgement hivernal, à une nappe superficielle fluctuante ou à un horizon d’alios limitant la profondeur de sol exploitable.
Le rapport prospectif de l’INRAE sur le massif rappelle que le système landais s’est construit sur des conditions hydrogéologiques et pédologiques particulières : sables podzolisés, nappes superficielles variables et horizons d’accumulation plus ou moins indurés. Consulter l’état des lieux prospectif de l’INRAE.
Il faut donc tenir ensemble deux vérités. La forêt actuelle est le résultat d’une histoire humaine, économique et hydraulique de grande ampleur. Mais le pin maritime n’a pas été choisi au hasard : il demeure l’essence structurante la mieux positionnée sur une grande partie du plateau landais.
III. Comprendre les sols landais et l’alios
Le mot « sable » donne parfois l’impression d’un sol simple et uniforme. En réalité, les sols landais sont le produit d’interactions complexes entre la nature du matériau sableux, la matière organique, l’acidité, le battement de la nappe, le drainage, la végétation et le microrelief.
1. L’alios : un horizon variable, non une dalle uniforme
L’alios est un horizon d’accumulation caractéristique de nombreux podzosols landais. Des composés organiques et des éléments minéraux, notamment le fer et parfois l’aluminium, migrent dans le profil puis s’accumulent et cimentent plus ou moins les grains de sable. Il peut être sombre, brun ou rouille, friable ou fortement induré.
Il ne faut toutefois pas le décrire comme une dalle continue située sous l’ensemble du massif. L’alios peut être absent, profond, superficiel, discontinu, peu durci ou au contraire très contraignant. Le CNPF rappelle qu’il peut limiter le volume de sol exploré par les racines et l’accès aux réserves en eau pendant les sécheresses, tandis que la nappe superficielle peut, selon sa hauteur, provoquer un excès d’eau et une anoxie racinaire. Consulter la définition agronomique de l’alios par l’INRAE.
Les racines ne réagissent donc pas à l’alios de manière binaire. Elles peuvent exploiter des fissures, contourner des zones indurées ou rester confinées dans les horizons supérieurs. L’effet dépend de la profondeur, de l’épaisseur, de la continuité et de l’alimentation hydrique de la station.
2. Trois grands ensembles stationnels
Hors dunes littorales, trois grands ensembles sont couramment distingués. Ils constituent des repères utiles, mais ne remplacent jamais une étude de terrain.
| Type de station | Fonctionnement hydrique général | Végétation indicatrice fréquente | Conséquence pour la diversification |
|---|---|---|---|
| Lande sèche | Nappe généralement profonde ; faible réserve utile ; dessiccation estivale rapide. | Bruyères, callune et végétations adaptées aux conditions sèches et acides. | Palette réduite ; priorité aux essences sobres en eau et déjà adaptées au caractère xéro-acide. |
| Lande mésophile | Situation intermédiaire ; battement de nappe marqué ; alternance possible entre périodes humides et sèches. | Fougère aigle souvent présente, avec de nombreuses situations intermédiaires. | Potentiel souvent plus favorable, sous réserve de la profondeur de sol, de l’alios et du climat futur. |
| Lande humide | Nappe proche de la surface ; engorgement saisonnier ou durable ; drainage naturel faible. | Molinie et végétations hygrophiles ou mésohygrophiles. | Essences tolérant l’hydromorphie ; attention aux variations estivales et aux travaux qui modifient l’eau. |
À l’échelle du massif, les landes sèches se rencontrent notamment sur les reliefs sableux ou dans les secteurs naturellement drainés ; les landes humides occupent fréquemment les interfluves plats où l’eau s’évacue difficilement ; les landes mésophiles se situent dans des positions intermédiaires. À l’échelle d’une parcelle, quelques dizaines de centimètres de différence altimétrique peuvent modifier la durée d’engorgement, la profondeur de la nappe et la végétation.

IV. Peut-on réellement transformer un sol landais ?
Un sol forestier n’est pas immuable. Sa matière organique, son activité biologique, la qualité de son humus, sa porosité superficielle, ses réseaux mycorhiziens et sa capacité à protéger l’eau peuvent évoluer sous l’effet de la végétation et de la gestion. Mais cette évolution a des limites.
On peut améliorer le fonctionnement biologique d’un sol landais ; on ne peut pas effacer sa nature géologique, hydrologique et pédologique. La diversification ne transformera pas un sable acide et pauvre en un sol profond de vallée alluviale. Elle peut en revanche réduire certains appauvrissements, accroître la variété des litières, maintenir davantage de racines à différentes profondeurs et préserver les mécanismes biologiques dont dépend la fertilité.
1. Les leviers raisonnables
- conserver une part des rémanents lorsque les exigences sanitaires et la prévention incendie le permettent ;
- maintenir du bois mort, debout ou au sol, dans les secteurs où il ne crée pas un danger particulier ;
- éviter l’exportation excessive de biomasse et la répétition d’interventions appauvrissantes ;
- préserver les feuillus spontanés, les vieux arbres, les souches vivantes et les semenciers ;
- maintenir un sous-étage diversifié, tout en contrôlant sa continuité combustible dans les zones à risque ;
- limiter le tassement et organiser les circulations d’engins ;
- favoriser la régénération naturelle lorsqu’elle est présente et compatible avec les objectifs de gestion ;
- diversifier les âges, les structures et les rythmes d’intervention ;
- préserver des zones faiblement interventionnistes et des continuités de sols non remaniés.
Ces pratiques peuvent améliorer l’humus, la vie du sol, la restitution d’éléments minéraux, l’ombrage et la conservation de l’humidité superficielle. Elles ne font pas disparaître le sable, l’acidité, la pauvreté en phosphore, la sécheresse estivale, les fluctuations de nappe ni l’alios lorsqu’il est présent.
2. Sous-solage : un outil ponctuel, non une doctrine
Le sous-solage peut fissurer localement un horizon compact et faciliter l’installation racinaire. Son efficacité dépend pourtant de la nature de l’obstacle. Une dent mécanique ne supprime pas durablement un horizon pédologique continu ; elle crée une discontinuité locale qui peut se refermer ou ne profiter qu’à certaines racines. Une intervention mal adaptée peut aussi perturber les horizons, accélérer le dessèchement ou favoriser des circulations d’eau non souhaitées.
Il doit donc être décidé à partir de profils de sol, et non parce que le mot « alios » figure dans une description générale du massif. Consulter la notice agronomique de l’INRAE sur le sous-solage.
3. Drainage : corriger un excès sans fabriquer un déficit
Le drainage a rendu possible la sylviculture sur de nombreuses stations humides. Il conserve des fonctions de production, d’accessibilité, de protection des voies et parfois de défense contre l’incendie. Mais un drainage trop profond, trop dense ou inutilement entretenu peut accélérer l’évacuation de l’eau, réduire la durée d’engorgement de milieux humides et aggraver le déficit hydrique estival.
La bonne question n’est donc pas de choisir entre drainage et absence totale de drainage. Elle consiste à identifier la fonction de chaque ouvrage, son influence réelle sur la nappe et les milieux, puis à ajuster son entretien. Certaines crastes sont indispensables ; d’autres peuvent être surdimensionnées, secondaires ou écologiquement dommageables. Consulter le rapport hydrogéologique du BRGM sur le massif.
V. Où installer les feuillus en priorité ?
La diversification du massif ne suppose pas nécessairement de convertir de grandes parcelles entières. Une stratégie souvent plus réaliste consiste à constituer une armature feuillue et écologique à partir des milieux qui lui sont déjà favorables.
1. Les ripisylves, vallées et dépressions humides
Les bords de cours d’eau, les vallées, les dépressions naturelles, les lagunes et certaines zones humides accueillent déjà une part importante des feuillus du massif. Ces boisements peuvent protéger les berges, ombrager l’eau, filtrer certains écoulements, fournir des habitats et relier des noyaux de biodiversité.
Leur restauration ne consiste pas à planter indistinctement le long de chaque fossé. Une craste artificielle, une piste DFCI, un cours d’eau naturel et une zone humide n’ont ni la même fonction ni le même régime juridique. Le maintien de l’accessibilité et la prévention des incendies doivent être intégrés dès la conception.
2. Les lisières étagées
Une lisière efficace n’est pas une simple rangée d’arbres posée au bord d’une pinède. Elle peut associer arbres de haut jet, petits arbres, arbustes et strate herbacée, avec une transition progressive entre le milieu ouvert et le peuplement forestier. Cette structure augmente la variété des habitats et peut améliorer la qualité paysagère et certaines fonctions sanitaires.
Les essais conduits par le CNPF et le Parc naturel régional montrent toutefois que l’installation est difficile : contraintes du sol, croissance plus rapide du pin maritime, concurrence du sous-bois, pression des grands herbivores et mortalité des plants. Une lisière doit être suivie, dégagée, protégée et entretenue ; elle ne peut être abandonnée après la plantation.
3. Les îlots et bouquets feuillus
Quelques arbres isolés peuvent jouer un rôle de semenciers, de relais ou d’habitat, mais ils sont souvent fortement concurrencés et exposés. Des îlots suffisamment constitués offrent de meilleures chances de développer un microclimat, une litière propre, un sous-bois et une dynamique de régénération.
L’objectif n’est pas nécessairement de rechercher partout le mélange pied à pied. Dans des systèmes où le pin maritime croît beaucoup plus vite que la plupart des feuillus, les mélanges par bouquets, îlots, bandes ou unités de gestion peuvent être plus faciles à conduire et plus lisibles pour les interventions sylvicoles.
4. Les haies et corridors
Les haies forestières, bandes boisées, alignements discontinus et continuités associées aux vallées peuvent relier les noyaux existants. Elles facilitent les déplacements d’espèces, renforcent la trame paysagère et limitent l’isolement des feuillus.
5. Les régénérations spontanées
Avant toute plantation, il faut rechercher les endroits où les feuillus apparaissent déjà. La présence de jeunes chênes, bouleaux, saules, aulnes, trembles ou fruitiers sauvages indique que des semences, des conditions de germination et une dynamique locale existent. Cette régénération est souvent plus adaptée au micro-site que des plants choisis à distance.
Elle doit toutefois être qualifiée : densité, origine, état sanitaire, pression du gibier, concurrence et compatibilité avec le climat futur. Observer ne signifie pas tout conserver ; cela signifie utiliser l’information écologique fournie par le vivant avant de décider.
6. Les interfaces avec les zones habitées
Les abords de villages, équipements publics, promenades, espaces agricoles et entrées de ville peuvent accueillir une diversité paysagère et sociale plus importante. Mais les interfaces forêt-habitat sont aussi des zones de risque majeur. Les plantations doivent rester compatibles avec les obligations de débroussaillement, l’accès des secours, les distances de sécurité et la réduction des continuités combustibles.

VI. Quelles essences selon les stations ?
Toute palette végétale doit être présentée avec prudence. Une essence peut être présente dans le massif sans convenir à toutes ses stations. Une espèce compatible avec le climat actuel peut devenir vulnérable dans quelques décennies. Une essence adaptée à l’humidité peut souffrir si le drainage ou les sécheresses abaissent fortement la nappe en été.
Le tableau ci-dessous ne constitue donc pas un catalogue de plantation. Il synthétise des orientations à étudier, en croisant la présence observée, l’autécologie et les recommandations du CNPF pour les lisières feuillues. La provenance, la qualité des plants, la diversité génétique, le microrelief, la profondeur de sol et l’évolution climatique doivent être examinés séparément.
| Station ou milieu | Contraintes principales | Essences à étudier en priorité | Possibilités complémentaires | Précautions majeures |
|---|---|---|---|---|
| Lande sèche | Faible réserve en eau, sable très filtrant, acidité, sécheresse estivale, nappe profonde. | Chêne tauzin ; chêne-liège dans son aire et sur stations compatibles. | Chêne vert ou châtaignier seulement dans certaines situations ; arbustes locaux sobres en eau. | Éviter les essences exigeantes en eau. Vérifier les gels, la provenance, l’exposition et le risque climatique futur. |
| Lande mésophile | Alternance hydrique, alios parfois consolidé, concurrence de la fougère, variabilité locale importante. | Chêne pédonculé sur stations restant suffisamment alimentées ; chêne tauzin ; bouleau verruqueux ; cormier ; pommier sauvage ; tilleul à petites feuilles sur microsites compatibles. | Chêne-liège, chêne vert, poirier sauvage ; alisier torminal dans les contextes adaptés. | Le chêne pédonculé et plusieurs feuillus mésophiles peuvent devenir vulnérables avec le réchauffement. Le châtaignier exige une prudence particulière sur le plan stationnel et sanitaire. |
| Lande humide | Engorgement, anoxie possible, nappe proche mais déficit estival possible après rabattement. | Aulne glutineux ; bouleaux adaptés à la station ; chêne pédonculé lorsque l’alimentation en eau reste compatible ; poirier sauvage sur certains microsites. | Saules, tremble et cormier dans les situations correspondant à leur autécologie. | Ne pas confondre tolérance à l’humidité et tolérance à l’inondation permanente. Éviter les essences xérophiles ou sensibles à l’hydromorphie. |
| Ripisylves et vallées | Variation du niveau d’eau, crues, sols localement plus riches, continuités écologiques sensibles. | Aulne glutineux, saules locaux, chêne pédonculé, bouleaux et tremble selon la position topographique. | Petits arbres et arbustes riverains locaux. | Respecter la dynamique du cours d’eau, les habitats existants et la réglementation des milieux aquatiques. |
| Lisières et haies | Vent, lumière forte, concurrence herbacée, gibier, risque de dessèchement des jeunes plants. | Noisetier, houx, bourdaine, néflier, pommier sauvage, poirier sauvage, alisiers, cormier, saules selon l’humidité. | Chênes adaptés à la station ; petits arbres et arbustes d’origine locale. | Concevoir plusieurs strates, protéger les plants et maintenir une discontinuité compatible avec la sécurité incendie. |
1. Le cas du chêne pédonculé
Le chêne pédonculé est aujourd’hui le feuillu le plus représenté dans la sylvoécorégion. Sa présence n’autorise pas à le planter partout. Il exige une alimentation en eau suffisante et peut dépérir lorsque les sécheresses deviennent trop longues ou lorsque le système racinaire reste superficiel. Les projections présentées par le CNPF à partir de ClimEssences montrent une dégradation possible de sa compatibilité climatique à l’horizon 2050 dans une partie importante du Sud-Ouest. Il doit donc être réservé aux stations où l’eau, le sol et le microclimat lui offrent une marge durable.
2. Le chêne tauzin et le chêne-liège
Le chêne tauzin présente un intérêt particulier dans les milieux acides, pauvres et plutôt secs à mésophiles. Le chêne-liège est également une essence majeure à considérer dans son aire de présence et sur les stations compatibles, notamment au sud du massif. Leur intérêt ne dispense pas d’un diagnostic : froid, hydromorphie, origine génétique et qualité de l’installation restent déterminants.
3. Les bouleaux : pionniers utiles, mais pas universels
Les bouleaux colonisent rapidement certains espaces ouverts ou perturbés et peuvent participer à la reconstruction d’un couvert. Le bouleau verruqueux et le bouleau pubescent n’ont pas exactement les mêmes exigences. Leur sensibilité future à la chaleur et au déficit hydrique impose de ne pas les présenter comme une solution générale, même lorsqu’ils apparaissent spontanément.
4. Les fruitiers sauvages, alisiers et cormiers
Ces essences sont souvent peu abondantes mais apportent une forte valeur écologique, paysagère et génétique. Elles conviennent particulièrement aux lisières, haies, garennes et microsites plus favorables. Leur croissance lente et leur sensibilité à la concurrence exigent une installation soignée.
5. Le châtaignier : une possibilité très conditionnelle
Le châtaignier est présent dans le massif et ses marges, mais il ne doit pas être recommandé indistinctement. Il craint l’engorgement durable, peut souffrir sur certaines landes mésophiles et demeure exposé à plusieurs risques sanitaires. Sa plantation doit être limitée aux sols, expositions et contextes sanitaires réellement compatibles.
VII. Diversifier ne signifie pas seulement planter des feuillus
La diversité d’une forêt ne se mesure pas seulement au nombre d’essences. Deux parcelles composées des mêmes arbres peuvent présenter des fonctionnements très différents selon l’âge des peuplements, leur densité, la présence d’un sous-étage, la taille des trouées, le volume de bois mort et le mode de régénération.
Dans le massif landais, la diversification peut porter sur :
- les classes d’âge, afin d’éviter de trop vastes continuités de peuplements au même stade ;
- les densités et les rythmes d’éclaircie ;
- les structures verticales et la présence de plusieurs strates ;
- les modes de renouvellement, entre plantation, semis, régénération naturelle et enrichissement ;
- la durée des révolutions et le maintien de certains arbres au-delà de l’âge d’exploitation dominant ;
- les îlots de vieillissement et les secteurs laissés en libre évolution ;
- la diversité génétique du pin maritime et le choix des provenances ;
- la conservation des feuillus spontanés et des arbres-habitats ;
- la répartition spatiale des espaces ouverts, humides, agricoles et forestiers.
Cette approche est importante parce que les mélanges intimes ne sont pas toujours faciles à conduire. Le pin maritime possède souvent une croissance juvénile plus rapide que les feuillus. Sans organisation spatiale et sans entretien, il peut les dominer. À l’inverse, certains feuillus maintenus en bouquets, lisières ou corridors peuvent remplir leurs fonctions écologiques sans désorganiser toute la conduite sylvicole.
Ce que change le bilan INRAE publié en juillet 2026
Le 20 juillet 2026, l’Unité expérimentale Forêt Pierroton de l’INRAE a rendu public un nouveau bilan portant sur huit arboretums du Sud-Ouest suivis depuis plus de dix ans. Le rapport compare des espèces et provenances à partir de trois critères essentiels : la survie, l’état sanitaire et la croissance. Il permet d’identifier des matériels prometteurs, mais aussi des espèces ou provenances inadaptées aux conditions forestières observées.
Ce résultat renforce la méthode défendue ici : aucune essence candidate ne doit être généralisée à partir de sa seule réputation de résistance ou de croissance. Les performances doivent être appréciées sur plusieurs sites, plusieurs années et plusieurs dimensions, puis confrontées aux contraintes particulières des sols landais. Consulter la présentation officielle du rapport INRAE 2026.
Le pin taeda : une option localisée, non une essence de remplacement
Le pin taeda, ou pin à encens, fait l’objet d’expérimentations depuis plusieurs décennies. Il peut produire fortement sur les stations les plus fertiles, notamment certaines landes mésophiles, landes humides bien drainées et anciens terrains agricoles. Il ne convient ni aux landes sèches, ni aux landes humides non drainées, et présente des sensibilités propres, notamment à la sécheresse estivale, au froid lors de l’installation et à certains organismes. Consulter les Cahiers de la reconstitution consacrés au matériel végétal.
Les autres résineux ou essences exotiques ne doivent pas être exclus par principe, mais ils ne peuvent être introduits massivement sur la base d’une promesse de croissance. L’adaptation stationnelle, la santé, le risque invasif, la biodiversité, le comportement au feu, la qualité du bois et le recul expérimental doivent être évalués ensemble.
VIII. Les feuillus protègent-ils réellement contre les incendies ?
L’idée selon laquelle une bande de feuillus arrêterait naturellement un incendie est trompeuse. Le comportement du feu dépend de l’humidité de la végétation, de la quantité et de la disposition du combustible, de la continuité entre le sol et les houppiers, du vent, de la sécheresse, de la topographie et de l’intensité du front.
Certains feuillus possèdent, dans certaines conditions, une inflammabilité ou une combustibilité plus faible que des résineux. Ils peuvent créer un ombrage différent, produire une litière qui se décompose plus rapidement ou introduire une rupture dans la structure du paysage. Mais un peuplement feuillu sec, dense, chargé de bois mort fin et entouré d’un sous-bois continu peut brûler et transmettre le feu.
Le rapport du CNPF rappelle que les anciennes politiques forestières reconnaissaient déjà le faible intérêt de feuillus considérés isolément comme pare-feu. La sylviculture préventive vise d’abord à diminuer la masse de combustible et à créer des discontinuités horizontales et verticales. Éclaircies, débroussaillement, élagage, pâturage dirigé lorsque cela est possible et organisation des coupures doivent être combinés selon les conditions locales.
| La diversification peut contribuer à… | Elle ne remplace pas… |
|---|---|
| Créer des discontinuités paysagères et varier les structures de combustible. | Les pistes, points d’eau, accès, franchissements et autres infrastructures DFCI. |
| Développer des microclimats localement plus ombragés ou plus humides. | Les obligations légales de débroussaillement autour des constructions et voies concernées. |
| Favoriser une diversité de trajectoires de régénération après perturbation. | L’entretien du sous-bois et la réduction des continuités verticales. |
| Renforcer la biodiversité et certaines régulations biologiques. | La surveillance, l’alerte, l’intervention rapide et les moyens de lutte. |
| Compartimenter le territoire à condition que les éléments soient conçus et entretenus. | Les coupures de combustible ou pare-feu techniques, qui doivent répondre à des caractéristiques opérationnelles précises. |
Dans les conditions estivales les plus sévères du massif, le CNPF indique qu’un pare-feu permanent doit être dépourvu de végétation combustible pour être réellement efficace ; un tapis herbacé desséché peut suffire à propager le feu. Les bandes boisées feuillues, les ripisylves et les haies n’ont donc pas la même fonction qu’un pare-feu technique.
Le rôle des feuillus se situe davantage dans une stratégie de résilience, de biodiversité, de santé forestière et de compartimentage que dans la promesse d’une barrière absolue. Consulter le Plan de protection des forêts contre l’incendie.
IX. Passer de la parcelle à la mosaïque territoriale
Une parcelle peut être bien gérée et rester vulnérable si elle se trouve au milieu d’une continuité territoriale homogène. À l’inverse, la juxtaposition désordonnée de petites plantations différentes ne constitue pas automatiquement une mosaïque fonctionnelle. Il faut organiser les relations entre les milieux.
Les travaux d’Hervé Jactel et de l’UMR BIOGECO ont notamment conduit à déplacer la réflexion du seul mélange à l’intérieur des peuplements vers la diversité à l’échelle du paysage. Les peuplements mélangés peuvent être plus résistants à certains risques biotiques, mais leur mise en place pose des difficultés techniques ; la mosaïque territoriale permet de répartir les fonctions et les formes de diversité. Consulter la présentation des travaux d’Hervé Jactel à l’INRAE.
Une stratégie de massif peut combiner :
- une matrice principale de pin maritime sur les stations où il demeure le mieux adapté ;
- des noyaux feuillus existants protégés et, lorsque cela est pertinent, agrandis ;
- des ripisylves et vallées boisées restaurées ;
- des lisières étagées entre forêt, agriculture, routes et espaces habités ;
- des haies et corridors reliant les noyaux de biodiversité ;
- des lagunes, landes humides et zones d’expansion de l’eau préservées ;
- des îlots de vieillissement et des arbres-habitats ;
- des clairières, espaces agricoles et milieux ouverts entretenus ;
- des secteurs de régénération naturelle ;
- un réseau DFCI maintenu, modernisé et articulé avec les autres fonctions du territoire.
Cette organisation doit être pensée à l’échelle des bassins versants, des communes, des continuités écologiques, des zones de risque et des interfaces forêt-habitat. Les limites de propriété ne coïncident ni avec les écoulements de l’eau, ni avec les déplacements des espèces, ni avec la propagation d’un incendie.
La gouvernance est donc aussi importante que la plantation. Propriétaires, communes, associations syndicales de DFCI, services d’incendie et de secours, CNPF, ONF, gestionnaires de l’eau, Parc naturel régional, scientifiques, filière bois, agriculteurs et habitants doivent disposer de cartes et d’objectifs partagés.
X. Une diversification compatible avec la sylviculture
Diversifier la forêt des Landes ne signifie pas renoncer à la production de bois. Le massif constitue un système économique, technique et social. Les propriétaires, entreprises de travaux, pépiniéristes, coopératives, experts, scieries, industries du panneau, du papier et de l’emballage dépendent d’une ressource régulière et de qualités connues.
Une proposition qui ignorerait cette réalité resterait théorique. Mais l’économie forestière ne peut pas davantage être durable si elle reproduit des vulnérabilités qui entraînent des pertes massives après les tempêtes, les sécheresses, les crises sanitaires ou les incendies.
La diversification peut être intégrée à la sylviculture par plusieurs voies : conservation des feuillus lors des coupes et reconstitutions, clauses de diversification, lisières dédiées, îlots non productifs ou à production différée, corridors le long des vallées, itinéraires spécifiques pour les peuplements feuillus existants et rémunération de fonctions écologiques.
Elle suppose aussi de développer des débouchés pour les bois feuillus, sans transformer chaque élément écologique en volume immédiatement marchand. Certains arbres produiront du bois ; d’autres seront conservés pour la stabilité des sols, l’eau, la biodiversité, le paysage ou la régénération.
Ce qu’il faut distinguer
| Notion | Ce qu’elle signifie | Ce qu’elle ne signifie pas |
|---|---|---|
| Sylviculture | Gestion et conduite des peuplements en fonction d’objectifs déterminés. | Une seule méthode, une seule essence ou une obligation de coupe rase. |
| Production forestière | Création et récolte de bois dans des conditions économiques et écologiques organisées. | Réduction de toute la forêt à la fonction de production. |
| Protection | Préservation de sols, d’habitats, d’eau, d’arbres et de continuités vivantes. | Interdiction de toute intervention ou abandon des obligations de sécurité. |
| Diversification | Variation des essences, structures, âges, milieux et fonctions à plusieurs échelles. | Introduction massive d’essences exotiques ou remplacement uniforme du pin maritime. |
La question n’est donc pas d’opposer forestiers et écologistes, exploitation et protection, pin et feuillus, économie et biodiversité. Elle consiste à construire une sylviculture capable d’intégrer les limites écologiques du territoire et la nécessité de produire dans la durée.
XI. Connaître, préserver, relier, diversifier, évaluer
Une transformation crédible du massif peut être organisée autour de cinq verbes. Ils décrivent une méthode progressive, vérifiable et adaptable.
1. Connaître
- cartographier les stations et les microreliefs ;
- observer la profondeur, la dureté et la continuité de l’alios ;
- suivre la nappe et les écoulements saisonniers ;
- inventorier les feuillus existants, les vieux arbres et les ripisylves ;
- repérer les régénérations naturelles et les semenciers ;
- croiser l’autécologie des essences avec les projections climatiques.
2. Préserver
- conserver les feuillus anciens et les arbres-habitats ;
- protéger les sols, les lagunes, les zones humides et les vallées ;
- maintenir une part de bois mort compatible avec la sécurité ;
- éviter les interventions uniformes et les exportations excessives ;
- préserver les provenances locales et les ressources génétiques.
3. Relier
- restaurer les haies et les lisières ;
- relier les îlots feuillus par des bandes boisées ou des corridors ;
- renforcer les continuités des vallées et des zones humides ;
- coordonner les interventions au-delà des limites de propriété ;
- articuler la trame écologique avec le réseau DFCI et les espaces ouverts.
4. Diversifier
- choisir les essences selon la station et non selon une préférence générale ;
- varier les âges, densités et structures ;
- installer des mélanges par bouquets, îlots, bandes ou parcelles lorsque cela est plus réaliste que le pied à pied ;
- maintenir un sous-étage diversifié lorsque la sécurité incendie le permet ;
- expérimenter de nouvelles essences ou provenances à petite échelle, avec témoins.
5. Évaluer
- mesurer la survie, la croissance et l’état sanitaire ;
- observer la régénération et la concurrence ;
- suivre l’eau, l’humidité du sol et les effets du drainage ;
- évaluer la biodiversité, le comportement du combustible et l’accessibilité des secours ;
- publier les résultats, y compris les échecs, et adapter la gestion.
L’évaluation est décisive. Les essais anciens de lisières feuillues ont connu des mortalités importantes ; sur quinze lisières installées entre 2003 et 2005, seules cinq restaient encore mesurables lors du bilan rapporté par le CNPF. Les taux de survie variaient fortement selon les essences. Cette expérience interdit les promesses faciles : planter est un commencement, non un résultat.
XII. Agir avec l’Arbre
La Déclaration universelle des droits de l’Arbre ne prescrit pas une essence, un itinéraire sylvicole ou un pourcentage uniforme de feuillus. Elle propose un principe de relation et de responsabilité.
Article III de la Déclaration universelle des droits de l’Arbre
« L’Homme doit agir avec l’Arbre dans un esprit de fraternité et de solidarité. »
Dans les Landes de Gascogne, agir avec l’Arbre signifie d’abord ne pas choisir une essence contre les réalités du sol. Cela signifie reconnaître que le pin maritime, le chêne tauzin, l’aulne, le bouleau, le saule ou le chêne pédonculé ne demandent pas la même eau, le même enracinement ni le même horizon temporel.
Agir avec l’Arbre signifie aussi ne pas imposer un modèle unique à des milieux différents. Une lande sèche, une lande humide, une ripisylve, une dune et un vallon ne peuvent être traités comme des supports interchangeables. La solidarité avec l’Arbre suppose de préserver les conditions de son existence, de sa croissance, de son intégrité et de sa régénération.
La Déclaration n’invite ni à figer la forêt, ni à interdire toute sylviculture. Elle conduit à organiser les décisions dans un cadre scientifique, écologique, éthique, juridique, culturel et démocratique. Elle demande que l’intervention humaine soit fondée sur la connaissance des communautés vivantes et sur la responsabilité à l’égard des générations futures.
Appliqué au massif landais, ce principe conduit à refuser deux formes d’uniformité : celle qui maintiendrait partout le même modèle malgré les différences de station, et celle qui remplacerait partout les pins par les feuillus que nous préférons. Consulter le Cadre officiel de la Déclaration universelle des droits de l’Arbre.
XIII. Conclusion — Construire une mosaïque forestière vivante
Les Landes de Gascogne ne doivent pas choisir entre une pinède uniforme et une forêt artificiellement convertie en chênaie. Le pin maritime conserve une place essentielle parce qu’il répond à des contraintes que peu d’essences supportent avec la même efficacité. Mais cette place n’impose pas l’uniformité du paysage, des âges, des structures ni des fonctions.
Une transformation sérieuse doit partir des variations du territoire : eau, alios, microrelief, fertilité, régénération spontanée, vallées, lisières, zones humides et interfaces habitées. Elle doit protéger les feuillus déjà présents, restaurer les continuités, créer des noyaux là où ils peuvent se maintenir et expérimenter sans généraliser trop vite.
La mosaïque forestière n’est pas un compromis faible entre production et écologie. Elle peut devenir une architecture territoriale : une matrice productive de pin maritime, des feuillus aux endroits favorables, des vallées vivantes, des lisières complexes, des zones humides préservées, des espaces ouverts et un système de défense contre l’incendie pleinement opérationnel.
Cette évolution demandera du temps. Les arbres se développent sur plusieurs décennies ; les sols changent lentement ; les erreurs de station se révèlent parfois après des années. Il faut donc préférer la connaissance aux slogans, l’expérimentation au bouleversement uniforme et l’évaluation aux promesses.
Diversifier les Landes ne consiste pas à planter partout ce que nous préférons. Cela consiste à comprendre où chaque arbre peut réellement vivre, puis à agir avec lui.
Références principales
Les recommandations opérationnelles doivent toujours être actualisées à partir des documents techniques en vigueur et complétées par un diagnostic de terrain.
- CNPF Nouvelle-Aquitaine — Diversification et reconstitution post-incendie dans le massif des Landes de Gascogne, revue de littérature scientifique et technique.
- CNPF Nouvelle-Aquitaine — Pin maritime.
- INRAE — Le massif des Landes de Gascogne à l’horizon 2050 : état des lieux.
- Jolivet, Augusto, Trichet et Arrouays — Les sols du massif forestier des Landes de Gascogne : formation, histoire, propriétés et variabilité spatiale.
- INRAE — Alios, Les mots de l’agronomie.
- INRAE — Sous-solage, Les mots de l’agronomie.
- BRGM — Fonctionnement hydrogéologique du système superficiel des Landes de Gascogne.
- INRAE, UMR BIOGECO — Travaux d’Hervé Jactel sur la biodiversité et la gestion des risques en forêt de plantation.
- INRAE-UEFP — Évaluation 2026 des espèces et provenances implantées dans huit arboretums du Sud-Ouest.
- RMT AFORCE, ONF et CNPF — ClimEssences.
- GIS Groupe Pin Maritime du Futur — Cahiers de la reconstitution : matériel végétal et alternatives au pin maritime.
- Préfecture de la Gironde — Incendie de Saumos : point de situation du 30 juillet 2026 à 16 heures.
- DFCI Aquitaine — Règlement interdépartemental de protection de la forêt contre les incendies.
- DFCI Aquitaine — Plan de protection des forêts contre l’incendie.
- Office national des forêts — Suivi de la régénération naturelle après incendie en forêt domaniale de La Teste.
- Cadre officiel de la Déclaration universelle des droits de l’Arbre.
Organisation fondatrice et officiellement porteuse de la Déclaration universelle des droits de l’Arbre.
Site officiel : www.declarationuniverselledesdroitsdelarbre.org