Le 25 mai 2026, le New York Times publiait un article consacré à l’état préoccupant de Tsitakakantsa, l’un des plus anciens et des plus emblématiques baobabs de Madagascar. Cette publication internationale attire l’attention du monde entier sur un arbre exceptionnel, mais également sur le travail de celles et ceux qui œuvrent depuis de nombreuses années pour faire connaître et protéger le patrimoine arboré malgache.
Parmi eux figure Cyrille Cornu, réalisateur, documentariste, spécialiste reconnu des baobabs de Madagascar et membre de l’Assemblée de l’Arbre.
Depuis plus de quinze ans, Cyrille Cornu parcourt les régions les plus reculées de Madagascar afin de documenter les baobabs, leurs écosystèmes et les relations profondes qui unissent ces arbres aux communautés humaines. Son travail a donné naissance à plusieurs documentaires, publications et actions de sensibilisation qui ont largement contribué à faire connaître ce patrimoine unique.
Sur le site de la Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre, il a notamment publié plusieurs articles consacrés aux baobabs malgaches, parmi lesquels Les mystérieux baobabs d’Andavadoaka ou encore Les baobabs de Madagascar : un patrimoine biologique et culturel en danger. À travers ces travaux, il montre que les baobabs ne sont pas seulement des organismes vivants remarquables : ils occupent une place centrale dans la mémoire des territoires et dans l’identité des populations qui vivent à leurs côtés.
Le cas de Tsitakakantsa illustre parfaitement cette réalité.
Bien davantage qu’un simple arbre, Tsitakakantsa est ce que l’Assemblée de l’Arbre qualifie d’arbre gardien. Un arbre gardien est un être vivant qui, par son âge, sa présence, son histoire et les liens qu’il entretient avec les communautés humaines, devient un témoin privilégié du territoire. Il traverse les générations, accompagne les transformations des paysages et conserve la mémoire collective d’un lieu.
À Madagascar, Tsitakakantsa est considéré comme un repère culturel, historique et spirituel. Sa silhouette accompagne depuis des siècles la vie des habitants de sa région. Pour beaucoup, sa disparition représenterait bien davantage que la perte d’un arbre : elle signifierait l’effacement d’une partie de leur héritage commun.
L’article du New York Times intervient dans un contexte particulièrement préoccupant. Les observations réalisées sur le terrain révèlent des signes de dégradation avancée de ce baobab millénaire. Cette situation illustre la vulnérabilité croissante de nombreux arbres anciens face aux effets conjugués du changement climatique, de la déforestation et des pressions humaines.
La présence de Cyrille Cornu parmi les experts interrogés par le quotidien américain constitue une reconnaissance internationale du travail qu’il mène depuis de nombreuses années. Elle témoigne également de l’importance croissante accordée aux arbres anciens dans les débats contemporains sur la préservation du vivant.
Au-delà du cas particulier de Tsitakakantsa, cette médiatisation internationale soulève une question essentielle : comment protéger les arbres gardiens avant qu’il ne soit trop tard ?
Cette interrogation se trouve au cœur même de la Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre et des travaux de l’Assemblée de l’Arbre. Lorsqu’un arbre gardien disparaît, ce n’est pas seulement un individu biologique qui s’éteint. C’est aussi un repère collectif, un fragment de mémoire, un témoin de l’histoire locale et parfois même un élément fondateur de l’identité d’une communauté qui disparaît avec lui.
Cette reconnaissance internationale intervient à un moment particulièrement symbolique. Partout dans le monde émergent de nouvelles réflexions sur la place des arbres dans nos sociétés et sur la nécessité de leur accorder une protection adaptée à leur rôle écologique, culturel et patrimonial.
C’est précisément l’ambition portée par l’Assemblée de l’Arbre. En réunissant scientifiques, juristes, élus, artistes, naturalistes et citoyens engagés, elle œuvre à faire émerger une nouvelle gouvernance du vivant fondée sur la reconnaissance de la valeur intrinsèque des arbres et de leur contribution essentielle à la vie des territoires.
Dans le même esprit, la municipalité de Terrasse-Vaudreuil, au Québec, s’est engagée dans une démarche pionnière qui pourrait faire d’elle la première municipalité au monde à reconnaître officiellement les droits de l’arbre. Cette initiative ouvre une voie nouvelle : celle d’une société qui reconnaît que certains arbres, en raison de leur rôle écologique, culturel et historique, méritent une attention et une protection particulières.
L’écho rencontré par l’alerte lancée autour de Tsitakakantsa démontre que cette réflexion dépasse largement les frontières de Madagascar. Elle concerne toutes les sociétés humaines confrontées à la disparition progressive de leurs arbres gardiens.
L’Assemblée de l’Arbre adresse à Cyrille Cornu ses félicitations pour cette reconnaissance internationale méritée et son soutien dans la poursuite de son travail en faveur de la connaissance et de la protection des baobabs de Madagascar.
À travers son engagement, c’est aussi le message porté par la Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre qui trouve aujourd’hui un nouvel écho : certains arbres dépassent leur seule réalité biologique pour devenir des repères collectifs, des témoins de l’histoire et des gardiens de la mémoire des territoires.
Le destin de Tsitakakantsa nous rappelle que la disparition d’un arbre gardien n’est jamais un événement anodin. Elle représente la perte d’un être vivant exceptionnel, mais aussi d’un lien entre les générations, les cultures et les paysages.
Reconnaître, protéger et transmettre les arbres gardiens constitue l’une des missions fondamentales de l’Assemblée de l’Arbre. Car en préservant ces grands témoins du vivant, c’est une part irremplaçable du patrimoine naturel, culturel et humain que nous choisissons de léguer aux générations futures.