De l’arbre sacré à la Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre

Fresque historique illustrant l'évolution du regard porté sur l'arbre, depuis les arbres sacrés jusqu'à la Déclaration Universelle des Droits de l'Arbre et la reconnaissance de l'arbre comme bien commun de l'humanité.

De l’Arbre sacré à la Déclaration universelle des droits de l’Arbre

Une histoire du regard porté sur l’Arbre — A history of humanity’s relationship with the Tree — Una historia de la mirada hacia el Árbol

Français

L’histoire de la relation entre l’humanité et l’Arbre est aussi ancienne que l’histoire des civilisations elles-mêmes.

Tour à tour vénéré comme un être sacré, considéré comme un témoin de l’histoire, protégé comme un monument naturel puis reconnu comme un élément essentiel des équilibres écologiques, l’Arbre a toujours occupé une place particulière dans l’imaginaire humain.

Aujourd’hui, une nouvelle étape s’ouvre avec la Déclaration universelle des droits de l’Arbre et, dans son prolongement, le projet de Convention internationale des droits de l’Arbre.

Cette évolution n’est pas apparue soudainement. Elle s’inscrit dans une longue histoire qui traverse les cultures, les siècles et les continents.

De l’Arbre sacré à la Déclaration universelle des droits de l’Arbre, voici l’histoire d’un changement profond dans le regard que l’humanité porte sur l’un de ses plus anciens compagnons.

L’Arbre sacré

Bien avant l’apparition des États modernes, les arbres occupaient déjà une place centrale dans les croyances et les traditions humaines.

Les chênes sacrés des peuples celtes, les figuiers vénérés d’Asie, les baobabs protecteurs d’Afrique ou encore les oliviers millénaires du bassin méditerranéen témoignent d’une même intuition : l’Arbre n’est pas un simple objet.

Dans de nombreuses civilisations, certains arbres étaient considérés comme des médiateurs entre le monde des hommes et celui du sacré. Leur destruction relevait parfois du sacrilège.

À cette époque, l’Arbre n’était pas protégé par le droit.

Il était protégé par le respect.

L’Arbre témoin de l’histoire

Avec le temps, un nouveau regard apparaît.

Certains arbres deviennent célèbres parce qu’ils ont traversé les siècles. Ils assistent à la naissance de villes, à des batailles, à des révolutions ou à des événements fondateurs.

L’Arbre devient alors un témoin vivant de l’histoire humaine.

Partout en Europe et dans le monde, des arbres sont nommés, décrits, représentés et transmis à la mémoire collective.

Le temps de l’Arbre dépasse désormais celui des générations humaines.

L’Arbre monument

Le XIXe siècle marque une rupture.

L’industrialisation transforme rapidement les paysages et fait émerger une nouvelle préoccupation : comment préserver les éléments les plus remarquables du monde naturel ?

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, une réponse originale apparaît en Prusse sous l’impulsion du botaniste Hugo Conwentz.

Pour la première fois, certains éléments naturels sont considérés comme des « monuments naturels ».

L’idée est simple mais novatrice : si les sociétés protègent leurs cathédrales, leurs châteaux et leurs œuvres d’art, pourquoi ne protégeraient-elles pas également les créations les plus remarquables de la nature ?

Des inventaires sont alors établis afin de recenser les arbres les plus exceptionnels, les formations géologiques remarquables et les paysages jugés dignes d’être transmis aux générations futures.

L’Arbre entre ainsi dans le domaine du patrimoine.

Des monuments naturels aux arbres remarquables

Les travaux initiés en Prusse vont progressivement influencer une grande partie de l’Europe.

Au cours du XXe siècle, de nombreux pays développent leurs propres inventaires, classements et systèmes de reconnaissance.

Apparaissent alors les notions d’Arbres remarquables, d’Arbres monumentaux, d’Arbres historiques ou d’Arbres patrimoniaux.

L’âge, les dimensions, la rareté, la beauté, l’histoire ou encore la singularité deviennent les principaux critères de reconnaissance.

Cette notion d’Arbre remarquable, aujourd’hui largement répandue dans plusieurs pays européens, constitue l’une des principales héritières du mouvement des monuments naturels initié en Prusse au début du XXe siècle. Elle témoigne de l’évolution progressive du regard porté sur l’Arbre, désormais considéré non seulement comme une ressource ou un élément du paysage, mais aussi comme un patrimoine naturel digne d’être identifié, étudié et préservé.

Cette démarche joue un rôle majeur dans la sensibilisation du public à la valeur des arbres et à leur préservation.

Mais elle repose sur une idée fondamentale :

Certains arbres méritent une protection particulière parce qu’ils sont exceptionnels.

L’Arbre remarquable constitue ainsi l’héritier direct de la tradition européenne des monuments naturels

née en Prusse au début du XXe siècle.

Une révolution scientifique

À la fin du XXe siècle, les progrès de la science transforment profondément notre compréhension du vivant.

Les arbres apparaissent désormais comme des acteurs essentiels des grands équilibres planétaires.

Ils participent au cycle de l’eau, stockent le carbone, protègent les sols, abritent une biodiversité considérable, influencent les climats locaux et contribuent directement à la santé humaine.

Une évidence s’impose progressivement :

L’importance de l’Arbre ne réside pas uniquement dans son caractère exceptionnel.

Elle réside dans son rôle fondamental au sein du vivant.

Plus notre compréhension de l’Arbre progresse, plus il devient difficile de le considérer comme une simple ressource destinée à être exploitée. Les découvertes scientifiques ne fondent pas, à elles seules, les principes de la Déclaration ; elles éclairent les raisons pour lesquelles la protection de l’Arbre et la reconnaissance de sa valeur propre s’imposent avec une force nouvelle. En révélant la complexité du monde arboré et son rôle fondamental dans les équilibres du vivant, la science contribue à faire évoluer notre regard et notre responsabilité envers l’Arbre.

Les droits de la nature

Parallèlement, un nouveau courant de pensée se développe.

À partir des années 1970, philosophes, juristes, scientifiques et citoyens commencent à remettre en question la vision de la nature comme simple objet au service de l’humanité.

Partout dans le monde émergent des réflexions sur les droits de la nature.

Une idée nouvelle prend forme :

Le vivant possède une valeur intrinsèque qui ne dépend pas uniquement de son utilité pour les êtres humains.

La Déclaration universelle des droits de l’Arbre dialogue avec ce mouvement de fond tout en suivant une démarche autonome.

Elle ne constitue ni une déclinaison institutionnelle des droits de la nature, ni un mécanisme attribuant une personnalité juridique aux arbres. Elle affirme trois principes fondateurs propres à la relation entre l’être humain et l’Arbre et propose d’organiser, à partir d’eux, une responsabilité directe envers l’Arbre en tant qu’être vivant.

La Déclaration universelle des droits de l’Arbre

C’est dans ce contexte qu’est née la Déclaration universelle des droits de l’Arbre.

Elle ne constitue pas simplement une étape supplémentaire dans la protection des arbres.

Elle propose un changement de regard.

Pendant plus d’un siècle, les sociétés humaines ont cherché à identifier les arbres les plus exceptionnels afin de mieux les protéger.

La Déclaration universelle des droits de l’Arbre invite à une réflexion plus fondamentale.

Elle affirme d’abord que l’Arbre est un être vivant sensible, source de Vie et bien commun de l’humanité.

Elle rappelle ensuite que de l’existence de l’Arbre dépend la Vie sur la planète.

Elle affirme enfin que l’Homme, doué de raison et de conscience, doit agir avec l’Arbre dans un esprit de fraternité et de solidarité.

Ces trois articles constituent le fondement même de la Déclaration.

Ils n’attribuent pas de personnalité juridique à l’Arbre et ne créent, par eux-mêmes, ni capacité processuelle autonome ni transfert de compétence.

Ils définissent un socle de principes destiné à reconnaître la place de l’Arbre dans la communauté du vivant et la responsabilité particulière de l’humanité à son égard.

Du patrimoine au bien commun de l’humanité

Cette évolution marque une transformation profonde du regard porté sur l’Arbre.

Pendant longtemps, l’Arbre a été protégé parce qu’il était remarquable.

La Déclaration universelle des droits de l’Arbre propose d’aller plus loin.

Elle affirme que l’Arbre n’est pas seulement un patrimoine à préserver.

Il est un bien commun de l’humanité.

Sa valeur ne dépend ni de son âge, ni de sa taille, ni de sa rareté.

Elle découle de sa nature même d’être vivant et de son rôle irremplaçable dans les équilibres du vivant.

Une nouvelle étape de notre histoire commune

Des arbres sacrés de l’Antiquité aux monuments naturels de Prusse, des inventaires d’Arbres remarquables aux droits de la nature, chaque époque a contribué à élargir le regard porté sur l’Arbre.

La Déclaration universelle des droits de l’Arbre s’inscrit dans cette longue histoire. Le projet de Convention internationale des droits de l’Arbre en constitue un développement juridique international envisagé ; il ne s’agit pas, à ce jour, d’un traité international en vigueur.

Elles invitent l’humanité à reconnaître une réalité essentielle :

L’Arbre est un être vivant sensible, source de Vie, dont dépend l’équilibre de la planète et qui constitue un bien commun de l’humanité.

C’est de cette reconnaissance que découlent les droits énoncés par la Déclaration universelle des droits de l’Arbre.

L’Arbre accompagne l’humanité depuis les origines de son histoire.

Peut-être est-il temps, à notre tour, de reconnaître pleinement sa place dans notre avenir.

Cette reconnaissance ne constitue pas une rupture avec notre histoire. Elle s’inscrit au contraire dans une

évolution plurimillénaire du regard porté sur l’Arbre, depuis les arbres sacrés des premières civilisations

jusqu’à la reconnaissance contemporaine de son rôle essentiel dans les équilibres du vivant.

Français

Ricardo Rey

Auteur et initiateur de la Déclaration universelle des droits de l’Arbre

Fondateur de l’Assemblée de l’Arbre

Président de La Compagnie des Papillons Bleus

English

The history of the relationship between humanity and the Tree is as old as the history of civilisations themselves.

Revered in turn as a sacred being, regarded as a witness to history, protected as a natural monument and later recognised as an essential component of ecological balance, the Tree has always occupied a particular place in the human imagination.

Today, a new stage is opening with the Universal Declaration of Tree Rights and, as a development of it, the proposed International Convention on Tree Rights.

This evolution did not appear suddenly. It belongs to a long history crossing cultures, centuries and continents.

From the sacred Tree to the Universal Declaration of Tree Rights, this is the story of a profound change in the way humanity looks at one of its oldest companions.

The sacred Tree

Long before the emergence of modern States, Trees already occupied a central place in human beliefs and traditions.

The sacred oaks of Celtic peoples, the revered fig trees of Asia, the protective baobabs of Africa and the millennia-old olive trees of the Mediterranean basin all bear witness to the same intuition: the Tree is not a mere object.

In many civilisations, certain Trees were regarded as mediators between the human world and the sacred. Their destruction could even be regarded as sacrilege.

At that time, the Tree was not protected by law.

It was protected by respect.

The Tree as a witness to history

Over time, a new perspective emerged.

Certain Trees became famous because they had survived for centuries. They witnessed the birth of cities, battles, revolutions and founding events.

The Tree became a living witness to human history.

Across Europe and throughout the world, Trees were named, described, depicted and passed on through collective memory.

The timescale of the Tree now extended beyond that of human generations.

The Tree as a monument

The nineteenth century marked a turning point.

Industrialisation rapidly transformed landscapes and raised a new concern: how could the most remarkable elements of the natural world be preserved?

At the end of the nineteenth century and the beginning of the twentieth, an original response emerged in Prussia under the influence of botanist Hugo Conwentz.

For the first time, certain natural elements were regarded as “natural monuments”.

The idea was simple but innovative: if societies protected their cathedrals, castles and works of art, why should they not also protect the most remarkable creations of nature?

Inventories were therefore established to identify exceptional Trees, remarkable geological formations and landscapes considered worthy of transmission to future generations.

The Tree thus entered the sphere of heritage.

From natural monuments to remarkable Trees

The work initiated in Prussia gradually influenced much of Europe.

During the twentieth century, many countries developed their own inventories, classifications and systems of recognition.

Concepts such as remarkable Trees, monumental Trees, historic Trees and heritage Trees then emerged.

Age, dimensions, rarity, beauty, history and singularity became the principal criteria for recognition.

The concept of the remarkable Tree, now widespread in several European countries, is one of the principal heirs to the natural-monument movement initiated in Prussia at the beginning of the twentieth century. It reflects the gradual evolution of the way the Tree is perceived: no longer merely as a resource or element of the landscape, but also as a natural heritage worthy of identification, study and preservation.

This approach plays a major role in raising public awareness of the value of Trees and their preservation.

But it rests on a fundamental idea:

Some Trees deserve special protection because they are exceptional.

The remarkable Tree is therefore a direct heir to the European tradition of natural monuments born in Prussia at the beginning of the twentieth century.

A scientific revolution

At the end of the twentieth century, advances in science profoundly transformed our understanding of the living world.

Trees increasingly appeared as essential actors in the major balances of the planet.

They contribute to the water cycle, store carbon, protect soils, support considerable biodiversity, influence local climates and contribute directly to human health.

A growing body of evidence became difficult to ignore:

The importance of the Tree does not lie solely in its exceptional character.

It lies in its fundamental role within the living world.

The more our understanding of the Tree develops, the more difficult it becomes to regard it as a mere resource available for exploitation. Scientific discoveries do not, by themselves, establish the principles of the Declaration; they illuminate why the protection of the Tree and recognition of its intrinsic value have become increasingly compelling. By revealing the complexity of the arboreal world and its fundamental role in living systems, science helps to transform our perspective and our responsibility towards the Tree.

Rights of Nature

At the same time, a new current of thought developed.

From the 1970s onwards, philosophers, legal scholars, scientists and citizens began to challenge the idea of nature as a mere object at the service of humanity.

Across the world, reflections on the Rights of Nature emerged.

A new idea took shape:

The living world possesses intrinsic value that does not depend solely upon its usefulness to human beings.

The Universal Declaration of Tree Rights engages in dialogue with this broader movement while following an autonomous approach.

It is neither an institutional derivative of the Rights of Nature movement nor a mechanism conferring legal personhood upon Trees. It affirms three foundational principles specific to the relationship between human beings and the Tree and proposes, on that basis, a direct responsibility towards the Tree as a living being.

The Universal Declaration of Tree Rights

It is within this context that the Universal Declaration of Tree Rights emerged.

It is not merely another stage in the protection of Trees.

It proposes a transformation in perspective.

For more than a century, human societies sought to identify the most exceptional Trees in order to protect them more effectively.

The Universal Declaration of Tree Rights invites a more fundamental reflection.

It first affirms that the Tree is a sentient living being, a source of Life and a common good of humanity.

It then recalls that Life on the planet depends upon the existence of the Tree.

Finally, it affirms that human beings, endowed with reason and conscience, must act with the Tree in a spirit of fraternity and solidarity.

These three Articles constitute the very foundation of the Declaration.

They do not confer legal personhood upon the Tree and do not, by themselves, create autonomous standing or a transfer of public powers.

They establish a foundation of principles intended to recognise the place of the Tree within the community of life and humanity’s particular responsibility towards it.

From heritage to the common good of humanity

This evolution marks a profound transformation in the way the Tree is perceived.

For a long time, a Tree was protected because it was remarkable.

The Universal Declaration of Tree Rights proposes going further.

It affirms that the Tree is not merely heritage to be preserved.

It is a common good of humanity.

Its value depends neither on its age, nor its size, nor its rarity.

It derives from its very nature as a living being and from its irreplaceable role in the balances of the living world.

A new stage in our shared history

From the sacred Trees of Antiquity to the natural monuments of Prussia, from inventories of remarkable Trees to the Rights of Nature, every era has contributed to widening humanity’s understanding of the Tree.

The Universal Declaration of Tree Rights forms part of this long history. The proposed International Convention on Tree Rights represents a contemplated international legal development of it; it is not, at present, an international treaty in force.

They invite humanity to recognise an essential reality:

The Tree is a sentient living being, a source of Life, on which the balance of the planet depends, and a common good of humanity.

It is from this recognition that the principles expressed by the Universal Declaration of Tree Rights arise.

The Tree has accompanied humanity since the origins of its history.

Perhaps it is now time for us, in turn, fully to recognise its place in our future.

This recognition does not constitute a break with history. On the contrary, it forms part of a millennia-long evolution in the way humanity has regarded the Tree, from the sacred Trees of the earliest civilisations to contemporary recognition of its essential role in the balances of the living world.

English

Ricardo Rey

Author and initiator of the Universal Declaration of Tree Rights

Founder of the Assembly of the Tree

President of La Compagnie des Papillons Bleus

Español

La historia de la relación entre la humanidad y el Árbol es tan antigua como la historia de las propias civilizaciones.

Venerado sucesivamente como ser sagrado, considerado testigo de la historia, protegido como monumento natural y posteriormente reconocido como elemento esencial de los equilibrios ecológicos, el Árbol siempre ha ocupado un lugar particular en el imaginario humano.

Hoy se abre una nueva etapa con la Declaración Universal de los Derechos del Árbol y, como desarrollo de esta, el proyecto de Convención Internacional sobre los Derechos del Árbol.

Esta evolución no apareció de forma repentina. Se inscribe en una larga historia que atraviesa culturas, siglos y continentes.

Del Árbol sagrado a la Declaración Universal de los Derechos del Árbol, esta es la historia de un profundo cambio en la mirada que la humanidad dirige a uno de sus compañeros más antiguos.

El Árbol sagrado

Mucho antes de la aparición de los Estados modernos, los Árboles ya ocupaban un lugar central en las creencias y tradiciones humanas.

Los robles sagrados de los pueblos celtas, las higueras veneradas de Asia, los baobabs protectores de África o los olivos milenarios de la cuenca mediterránea testimonian una misma intuición: el Árbol no es un simple objeto.

En numerosas civilizaciones, determinados Árboles eran considerados mediadores entre el mundo de los seres humanos y lo sagrado. Su destrucción podía incluso considerarse un sacrilegio.

En aquella época, el Árbol no estaba protegido por el derecho.

Estaba protegido por el respeto.

El Árbol como testigo de la historia

Con el tiempo apareció una nueva mirada.

Algunos Árboles se hicieron célebres porque habían atravesado los siglos. Fueron testigos del nacimiento de ciudades, de batallas, revoluciones o acontecimientos fundadores.

El Árbol se convirtió así en un testigo vivo de la historia humana.

En toda Europa y en el mundo, los Árboles fueron nombrados, descritos, representados y transmitidos a la memoria colectiva.

El tiempo del Árbol empezó a superar el de las generaciones humanas.

El Árbol monumento

El siglo XIX marca una ruptura.

La industrialización transforma rápidamente los paisajes y hace surgir una nueva preocupación: ¿cómo preservar los elementos más notables del mundo natural?

A finales del siglo XIX y comienzos del XX apareció en Prusia una respuesta original impulsada por el botánico Hugo Conwentz.

Por primera vez, determinados elementos naturales fueron considerados «monumentos naturales».

La idea era sencilla pero innovadora: si las sociedades protegen sus catedrales, castillos y obras de arte, ¿por qué no proteger también las creaciones más notables de la naturaleza?

Se elaboraron inventarios para identificar los Árboles más excepcionales, las formaciones geológicas notables y los paisajes considerados dignos de ser transmitidos a las generaciones futuras.

El Árbol entró así en el ámbito del patrimonio.

De los monumentos naturales a los Árboles notables

Los trabajos iniciados en Prusia fueron influyendo progresivamente en gran parte de Europa.

A lo largo del siglo XX, numerosos países desarrollaron sus propios inventarios, clasificaciones y sistemas de reconocimiento.

Aparecieron entonces las nociones de Árboles notables, monumentales, históricos o patrimoniales.

La edad, las dimensiones, la rareza, la belleza, la historia o la singularidad se convirtieron en los principales criterios de reconocimiento.

La noción de Árbol notable, hoy ampliamente difundida en varios países europeos, constituye una de las principales herederas del movimiento de los monumentos naturales iniciado en Prusia a comienzos del siglo XX. Da testimonio de la evolución progresiva de la mirada dirigida al Árbol, que deja de ser considerado únicamente como recurso o elemento del paisaje para convertirse también en un patrimonio natural digno de ser identificado, estudiado y preservado.

Este enfoque desempeña un papel importante en la sensibilización del público sobre el valor de los Árboles y su preservación.

Pero se apoya en una idea fundamental:

Algunos Árboles merecen una protección especial porque son excepcionales.

El Árbol notable constituye así un heredero directo de la tradición europea de los monumentos naturales nacida en Prusia a comienzos del siglo XX.

Una revolución científica

A finales del siglo XX, los avances científicos transformaron profundamente nuestra comprensión del mundo vivo.

Los Árboles fueron apareciendo cada vez más como actores esenciales de los grandes equilibrios planetarios.

Participan en el ciclo del agua, almacenan carbono, protegen los suelos, albergan una biodiversidad considerable, influyen en los climas locales y contribuyen directamente a la salud humana.

Una evidencia se impone progresivamente:

La importancia del Árbol no reside únicamente en su carácter excepcional.

Reside en su función fundamental dentro del mundo vivo.

Cuanto más progresa nuestra comprensión del Árbol, más difícil resulta considerarlo un simple recurso destinado a la explotación. Los descubrimientos científicos no fundamentan por sí solos los principios de la Declaración; permiten comprender por qué la protección del Árbol y el reconocimiento de su valor propio se imponen hoy con una fuerza nueva. Al revelar la complejidad del mundo arbóreo y su papel fundamental en los equilibrios del mundo vivo, la ciencia contribuye a transformar nuestra mirada y nuestra responsabilidad hacia el Árbol.

Los Derechos de la Naturaleza

Paralelamente, se desarrolla una nueva corriente de pensamiento.

A partir de la década de 1970, filósofos, juristas, científicos y ciudadanos empiezan a cuestionar la visión de la naturaleza como simple objeto al servicio de la humanidad.

En todo el mundo surgen reflexiones sobre los Derechos de la Naturaleza.

Una nueva idea empieza a tomar forma:

El mundo vivo posee un valor intrínseco que no depende únicamente de su utilidad para los seres humanos.

La Declaración Universal de los Derechos del Árbol dialoga con este movimiento de fondo, pero sigue un enfoque autónomo.

No constituye una rama institucional de los Derechos de la Naturaleza ni un mecanismo que confiera personalidad jurídica a los Árboles. Afirma tres principios fundadores propios de la relación entre el ser humano y el Árbol y propone, a partir de ellos, una responsabilidad directa hacia el Árbol en cuanto ser vivo.

La Declaración Universal de los Derechos del Árbol

Es en este contexto donde nació la Declaración Universal de los Derechos del Árbol.

No constituye simplemente una etapa adicional en la protección de los Árboles.

Propone un cambio de mirada.

Durante más de un siglo, las sociedades humanas trataron de identificar los Árboles más excepcionales con el fin de protegerlos mejor.

La Declaración Universal de los Derechos del Árbol invita a una reflexión más fundamental.

Afirma en primer lugar que el Árbol es un ser vivo sensible, fuente de Vida y bien común de la humanidad.

Recuerda después que de la existencia del Árbol depende la Vida en el planeta.

Afirma finalmente que el ser humano, dotado de razón y conciencia, debe actuar con el Árbol en un espíritu de fraternidad y solidaridad.

Estos tres artículos constituyen el fundamento mismo de la Declaración.

No atribuyen personalidad jurídica al Árbol ni crean, por sí mismos, capacidad procesal autónoma o transferencia de competencias públicas.

Establecen una base de principios destinada a reconocer el lugar del Árbol dentro de la comunidad de lo vivo y la responsabilidad particular de la humanidad hacia él.

Del patrimonio al bien común de la humanidad

Esta evolución marca una profunda transformación de la mirada dirigida al Árbol.

Durante mucho tiempo, el Árbol fue protegido porque era notable.

La Declaración Universal de los Derechos del Árbol propone ir más lejos.

Afirma que el Árbol no es únicamente un patrimonio que debe preservarse.

Es un bien común de la humanidad.

Su valor no depende ni de su edad, ni de su tamaño, ni de su rareza.

Deriva de su propia naturaleza de ser vivo y de su función irremplazable en los equilibrios del mundo vivo.

Una nueva etapa de nuestra historia común

Desde los Árboles sagrados de la Antigüedad hasta los monumentos naturales de Prusia, desde los inventarios de Árboles notables hasta los Derechos de la Naturaleza, cada época ha contribuido a ampliar la mirada dirigida al Árbol.

La Declaración Universal de los Derechos del Árbol se inscribe en esta larga historia. El proyecto de Convención Internacional sobre los Derechos del Árbol constituye un desarrollo jurídico internacional previsto a partir de ella; no es, a día de hoy, un tratado internacional en vigor.

Ambos invitan a la humanidad a reconocer una realidad esencial:

El Árbol es un ser vivo sensible, fuente de Vida, del que depende el equilibrio del planeta y que constituye un bien común de la humanidad.

De este reconocimiento surgen los principios enunciados por la Declaración Universal de los Derechos del Árbol.

El Árbol acompaña a la humanidad desde los orígenes de su historia.

Tal vez haya llegado el momento de reconocer plenamente su lugar en nuestro futuro.

Este reconocimiento no constituye una ruptura con nuestra historia. Por el contrario, se inscribe en una evolución milenaria de la mirada dirigida al Árbol, desde los Árboles sagrados de las primeras civilizaciones hasta el reconocimiento contemporáneo de su papel esencial en los equilibrios del mundo vivo.

Español

Ricardo Rey

Autor e iniciador de la Declaración Universal de los Derechos del Árbol

Fundador de la Asamblea del Árbol

Presidente de La Compagnie des Papillons Bleus