Reconstituer une forêt primaire en Europe de l’Ouest
À l’initiative du botaniste Francis Hallé, l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire porte un projet de très long terme visant à laisser un vaste espace forestier européen évoluer librement, sans exploitation forestière, afin qu’il retrouve progressivement un très haut niveau de naturalité et d’intégrité écologique.
Dans la présentation historique reprise par cette page, le projet envisageait un espace d’environ 70 000 hectares, à vocation transfrontalière et inscrit dans une temporalité de plusieurs siècles.
PARCE QUE L’ARBRE ET LA FORÊT NOUS SONT VITAUX
L’Arbre, avec les communautés végétales, animales, fongiques et microbiennes qui composent son milieu, participe au fonctionnement des écosystèmes terrestres dont dépend la vie humaine.
Les forêts jouent notamment un rôle essentiel dans les cycles du carbone et de l’eau, la formation et la protection des sols, la régulation microclimatique, le maintien de la biodiversité et la continuité des processus écologiques.
La valeur d’une forêt ne peut cependant être réduite à quelques services rendus à l’être humain : sa naturalité, son ancienneté, sa structure, ses sols, ses continuités écologiques et sa trajectoire sont également déterminants.
QU’ENTEND-ON PAR « FORÊT PRIMAIRE » ?
Dans le langage du projet de Francis Hallé, la forêt primaire désigne une forêt ancienne dont la structure, la composition et les processus écologiques ont pu se développer sur une très longue durée avec une influence humaine directe faible ou absente.
Une forêt ne se classe pas uniquement selon la présence ou l’absence visible d’activités humaines.
Son origine, son ancienneté, sa naturalité, son intégrité écologique, sa structure, ses sols, sa biodiversité, sa connectivité, ses processus de régénération et sa trajectoire dans le temps doivent être considérés conjointement.
Une forêt primaire constitue donc une catégorie écologique exigeante, qui ne doit pas être confondue avec une plantation, une forêt de production, une forêt secondaire récente ou une forêt restaurée, même lorsque ces dernières présentent une couverture arborée importante.
UNE TRAJECTOIRE MULTISÉCULAIRE, PAS UNE REQUALIFICATION IMMÉDIATE
Le projet de Francis Hallé repose précisément sur le temps long : laisser un vaste territoire forestier évoluer librement pendant plusieurs siècles afin que s’y développent progressivement des structures, des continuités et des processus caractéristiques d’une forêt à très haute naturalité.
Il serait toutefois scientifiquement et doctrinalement inexact d’affirmer qu’une forêt secondaire devient automatiquement une forêt primaire après un nombre fixe d’années.
La restauration est une trajectoire écologique de long terme.
Une forêt secondaire ou restaurée peut progressivement gagner en naturalité, en complexité structurelle, en continuité écologique et en autonomie de régénération.
Son histoire écologique ne doit cependant pas être effacée par une requalification administrative ou comptable immédiate en « forêt primaire ».
POURQUOI LAISSER DE GRANDS ESPACES FORESTIERS EN LIBRE ÉVOLUTION ?
Climat et carbone
Les forêts contribuent au cycle du carbone par la croissance des arbres, mais aussi par le stockage du carbone dans les sols, le bois mort et l’ensemble de la biomasse forestière.
Biodiversité
Des écosystèmes forestiers vastes, continus et peu perturbés peuvent offrir des habitats à une grande diversité d’espèces : mammifères, oiseaux, insectes, champignons, espèces cavicoles, plantes et microorganismes.
Eau et sols
Les forêts contribuent aux cycles de l’eau, à l’infiltration, à la protection des sols, à la limitation de l’érosion et au maintien de conditions microclimatiques locales.
Recherche scientifique
Un territoire laissé durablement en libre évolution constitue aussi un observatoire exceptionnel des processus écologiques de long terme : dynamique forestière, cycles biogéochimiques, interactions entre espèces, résilience et effets du changement climatique.
Culture, transmission et éducation
Un tel projet porte enfin une dimension culturelle et intergénérationnelle : transmettre aux générations futures un espace vivant dont les bénéfices écologiques, scientifiques et symboliques dépassent largement la durée d’une vie humaine.
PRINCIPE DE NON-SUBSTITUTION
Créer ou restaurer une forêt ne compense pas écologiquement la destruction d’une forêt primaire ou d’une forêt naturelle à haute intégrité.
Une plantation, un boisement de production, une forêt secondaire, une forêt restaurée et une forêt primaire ne sont pas des catégories interchangeables.
Elles doivent faire l’objet d’une comptabilité séparée, afin qu’une augmentation des surfaces plantées ou restaurées ne masque jamais la disparition de forêts naturelles anciennes ou à haute intégrité.
Le projet de Francis Hallé peut ainsi être compris comme la création d’une trajectoire de libre évolution multiséculaire, et non comme un mécanisme permettant de remplacer ou de compenser la destruction d’écosystèmes primaires existants.
UN PROJET POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES
Ce projet de très long terme ambitionne de transmettre aux générations futures un patrimoine naturel vivant, source de connaissances, de biodiversité et de culture.
Il suppose la création de conditions scientifiques, techniques, juridiques et foncières suffisamment stables pour garantir la continuité du processus sur plusieurs siècles.
La durée elle-même fait partie du projet : l’objectif n’est pas de fabriquer rapidement une forêt primaire, mais de rendre possible une évolution libre suffisamment longue pour que la forêt retrouve progressivement un haut degré de naturalité, de complexité et d’autonomie écologique.
SOUTENIR LE PROJET
La Compagnie des Papillons Bleus soutient cette démarche de très long terme en faveur de la libre évolution forestière.
LIEN AVEC LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’ARBRE
La Déclaration universelle des droits de l’Arbre repose sur trois articles fondateurs :
Article I
L’Arbre, être vivant sensible, source de Vie, est un bien commun de l’humanité.
Article II
De l’existence de l’Arbre dépend la Vie sur la planète.
Article III
L’Homme, doué de raison et de conscience, doit agir avec l’Arbre dans un esprit de fraternité et de solidarité.
La Déclaration ne confère pas, par elle-même, de personnalité juridique aux arbres, de capacité processuelle autonome ni de transfert de compétence.
La protection des arbres et des forêts peut être organisée par de nombreux mécanismes juridiques sans faire de la personnalité juridique une condition préalable.
PROJET DE CONVENTION INTERNATIONALE
Dans le prolongement de la Déclaration est développé le projet de Convention internationale des droits de l’Arbre.
Il s’agit d’un projet d’instrument juridique international en cours d’élaboration et de réflexion ; ce n’est pas, à ce jour, un traité international en vigueur.
Découvrir le projet de Convention internationale des droits de l’Arbre
Consulter le Cadre officiel de la Déclaration universelle des droits de l’Arbre
Parce que l’Arbre, c’est la Vie.
Mise à jour doctrinale, institutionnelle et forestière : 13 août 2026