Les deux tiers des arbres dans le monde sont menacés de dépérissement ?
Ce titre reprend une formulation journalistique ancienne, mais il ne traduit pas exactement la conclusion de l’étude scientifique publiée dans Nature en 2012.
L’étude de Brendan Choat, Steven Jansen et leurs coauteurs a montré que 70 % des 226 espèces forestières étudiées sur 81 sites dans le monde fonctionnaient avec une marge de sécurité hydraulique étroite face à des niveaux de stress hydrique susceptibles d’endommager leur système conducteur. Cela indique une vulnérabilité potentielle à l’intensification des sécheresses, mais ne signifie pas que 70 % des arbres du monde étaient alors condamnés au dépérissement.
UNE ÉTUDE MONDIALE SUR LA VULNÉRABILITÉ HYDRAULIQUE
Publiée en 2012 dans la revue Nature, l’étude Global convergence in the vulnerability of forests to drought a comparé les caractéristiques hydrauliques de 226 espèces forestières réparties sur 81 sites couvrant différents biomes et régimes climatiques.
Les chercheurs ont étudié la différence entre la pression minimale effectivement rencontrée dans le xylème et la pression à partir de laquelle la conduction hydraulique est fortement altérée par la formation d’embolies.
Cette différence est appelée marge de sécurité hydraulique. Plus elle est faible, plus l’arbre fonctionne près d’un seuil de dysfonctionnement hydraulique lorsqu’il subit un stress hydrique important.
70 % DES ESPÈCES ÉTUDIÉES AVAIENT UNE MARGE ÉTROITE
L’un des résultats les plus marquants était que ces marges de sécurité étaient globalement faibles aussi bien dans des forêts sèches que dans des forêts humides.
Cette convergence suggérait que des arbres appartenant à des biomes très différents pouvaient être vulnérables à une aggravation du stress hydrique, même lorsque leur climat habituel était relativement humide.
COMMENT SE PRODUIT UNE EMBOLIE DU XYLÈME ?
L’eau circule depuis les racines vers les feuilles à travers les conduits du xylème sous des pressions négatives. Lorsque le sol s’assèche et que la demande évaporative augmente, la tension nécessaire au transport de l’eau peut devenir très importante.
Des bulles de gaz peuvent alors se former dans les conduits : c’est le phénomène de cavitation. Lorsqu’une bulle bloque durablement un conduit, on parle d’embolie.
Si une proportion importante du réseau hydraulique devient embolisée, la capacité de l’arbre à acheminer l’eau vers ses feuilles peut fortement diminuer, ce qui peut contribuer au dépérissement ou à la mortalité dans certaines conditions.
UNE FAIBLE MARGE HYDRAULIQUE N’EST PAS UNE CONDAMNATION À MORT
Vulnérabilité hydraulique, dépérissement et mortalité ne sont pas synonymes.
Une faible marge de sécurité indique qu’un arbre peut atteindre plus rapidement des niveaux de stress hydraulique dangereux. Elle ne permet pas, à elle seule, de prédire qu’un individu mourra.
La mortalité dépend également de la durée et de l’intensité de la sécheresse, de la température, de l’état du sol, des réserves de carbone, des capacités d’acclimatation ou de récupération, de la compétition, des ravageurs, des maladies et de nombreux autres facteurs.
Des analyses ultérieures ont néanmoins montré que les traits hydrauliques, et notamment de faibles marges de sécurité, sont statistiquement associés à des risques accrus de mortalité lors d’épisodes de sécheresse chez de nombreuses espèces.
LES ARBRES PEUVENT AUSSI SUBIR UNE LIMITATION CARBONÉE
Lors d’un stress hydrique, l’un des premiers mécanismes de protection consiste souvent à réduire l’ouverture des stomates afin de limiter les pertes d’eau par transpiration.
Cette fermeture réduit simultanément l’entrée de CO₂ dans les feuilles et donc la photosynthèse. Si la situation se prolonge, la croissance ralentit et l’arbre peut mobiliser ses réserves de carbone.
Les interactions entre dysfonctionnement hydraulique, disponibilité du carbone, température, attaques d’insectes et agents pathogènes expliquent pourquoi les dépérissements forestiers ne peuvent généralement pas être attribués à une cause unique.
CE QUE LES RECHERCHES ULTÉRIEURES ONT PRÉCISÉ
Depuis 2012, les bases de données hydrauliques se sont considérablement enrichies. Les travaux plus récents montrent que la diversité des stratégies hydrauliques entre espèces et entre communautés forestières est importante.
Une méta-analyse mondiale publiée en 2016 a montré que plusieurs traits hydrauliques, en particulier la marge de sécurité hydraulique et la vulnérabilité à l’embolie, contribuent à expliquer les différences de mortalité observées entre espèces lors des sécheresses.
Des travaux plus récents à très grande échelle continuent d’utiliser les marges hydrauliques pour caractériser le risque de dysfonctionnement, tout en montrant que cette vulnérabilité doit être analysée avec les conditions climatiques, les sols, la diversité fonctionnelle et les stratégies propres aux espèces.
SOURCES SCIENTIFIQUES ET ARTICLE D’ORIGINE
Choat B., Jansen S., Brodribb T. J. et al. (2012)
Global convergence in the vulnerability of forests to drought, Nature 491, 752–755.
Consulter l’étude dans Nature
Anderegg W. R. L. et al. (2016)
Meta-analysis reveals that hydraulic traits explain cross-species patterns of drought-induced tree mortality across the globe.
Consulter la référence scientifique
Article historique du Monde
Lire l’article d’origine
Le titre de la présente page est conservé pour des raisons historiques, mais la révision de 2026 distingue explicitement la marge de sécurité hydraulique d’une prédiction directe de dépérissement mondial.
LIEN AVEC LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’ARBRE
Les recherches sur la vulnérabilité hydraulique montrent combien la survie des arbres dépend de leur accès à l’eau, de l’intégrité de leurs tissus conducteurs, de leurs sols et de conditions climatiques compatibles avec leur fonctionnement biologique.
Elles renforcent la nécessité de considérer l’Arbre comme un organisme vivant soumis à des contraintes biologiques et environnementales réelles, sans pour autant transformer une observation physiologique en argument juridique automatique.
La Déclaration universelle des droits de l’Arbre repose sur trois articles fondateurs :
Article I
L’Arbre, être vivant sensible, source de Vie, est un bien commun de l’humanité.
Article II
De l’existence de l’Arbre dépend la Vie sur la planète.
Article III
L’Homme, doué de raison et de conscience, doit agir avec l’Arbre dans un esprit de fraternité et de solidarité.
La Déclaration ne confère pas, par elle-même, de personnalité juridique aux arbres, de capacité processuelle autonome ni de transfert de compétence.
PROTECTION DE L’ARBRE ET PROJET DE CONVENTION
L’ancienne formulation selon laquelle « tant que l’Arbre n’aura pas de statut juridique il ne sera pas protégé » ne correspond pas au Cadre officiel actuel.
La protection juridique de l’Arbre ne dépend pas de l’attribution d’une personnalité juridique.
De nombreux mécanismes juridiques permettent déjà de protéger les arbres, les forêts et leurs habitats sans leur reconnaître une personnalité juridique autonome.
Dans le prolongement de la Déclaration est développé le projet de Convention internationale des droits de l’Arbre. Il s’agit d’un projet d’instrument juridique international en cours d’élaboration et de réflexion ; ce n’est pas, à ce jour, un traité international en vigueur.
Comprendre la notion d’Arbre, être vivant sensible — page scientifique
Découvrir le projet de Convention internationale des droits de l’Arbre
Consulter le Cadre officiel de la Déclaration universelle des droits de l’Arbre
Parce que l’Arbre, c’est la Vie.
Ricardo Rey
Auteur et initiateur de la Déclaration universelle des droits de l’Arbre
Fondateur de l’Assemblée de l’Arbre
Président de La Compagnie des Papillons Bleus
Mise à jour scientifique, doctrinale et institutionnelle : 13 août 2026