Depuis plusieurs années, de nombreuses initiatives émergent à travers le monde afin de mieux protéger la nature et les grands équilibres du vivant.
Certaines démarches visent à reconnaître une personnalité juridique à des fleuves, des forêts ou des écosystèmes. D’autres, comme la Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre et le projet de Convention Internationale des Droits de l’Arbre, proposent une approche différente fondée sur la reconnaissance de l’arbre comme être vivant essentiel à la vie sur Terre.
Ces démarches poursuivent un objectif commun mais empruntent des chemins distincts.
La personnalité juridique de la nature
Les mouvements en faveur de la personnalité juridique de la nature cherchent à reconnaître certains éléments naturels comme des sujets de droit.
Dans cette approche, un fleuve, une forêt ou un écosystème peut être représenté juridiquement par des gardiens ou des représentants désignés afin de défendre ses intérêts devant les tribunaux.
L’objectif est de permettre à la nature d’être directement protégée par le droit lorsqu’elle subit des atteintes.
Cette démarche a contribué à enrichir la réflexion contemporaine sur l’évolution du droit de l’environnement et mérite toute notre attention.
L’approche de la Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre
La Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre suit une voie différente.
Elle ne vise pas à faire de l’arbre une personne juridique.
Elle affirme avant tout que l’arbre est un être vivant dont l’existence mérite respect, protection et considération.
La Déclaration repose sur une idée simple : les arbres ne sont pas uniquement des ressources économiques ou des éléments du paysage. Ils sont des acteurs essentiels des équilibres biologiques, climatiques et écologiques dont dépend la vie.
Cette reconnaissance constitue avant tout une démarche éthique, culturelle, écologique et humaniste.
La Convention Internationale des Droits de l’Arbre
Le projet de Convention Internationale des Droits de l’Arbre s’inscrit dans le prolongement de la Déclaration.
Cette Convention n’a pas été conçue comme un règlement destiné aux municipalités.
Elle est pensée comme un instrument international destiné aux États et aux organisations compétentes en matière d’environnement.
Son objectif est d’encourager la mise en œuvre de politiques nationales de protection des arbres, de préservation des forêts, de développement des plantations, de protection des essences locales, de reforestation et de coopération internationale.
Elle vise à donner une traduction concrète aux principes affirmés par la Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre.
Les collectivités territoriales : des partenaires essentiels
Même si elles ne constituent pas les destinataires principaux de la Convention, les collectivités territoriales peuvent jouer un rôle déterminant dans sa mise en œuvre.
Les municipalités disposent de compétences importantes en matière d’aménagement du territoire, de gestion des espaces verts, d’urbanisme, de protection du patrimoine et de sensibilisation des citoyens.
Elles peuvent ainsi devenir des lieux privilégiés d’expérimentation et d’innovation en faveur des arbres.
La récente adhésion de la municipalité de Terrasse-Vaudreuil à la Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre illustre cette dynamique et ouvre des perspectives nouvelles pour les collectivités souhaitant s’engager dans cette voie.
La proposition des Arbres Gardiens
Dans cette perspective, une réflexion est actuellement menée autour de la création d’un statut d’Arbre Gardien.
Un Arbre Gardien serait un arbre reconnu en raison de son importance écologique, climatique, historique, culturelle, paysagère, scientifique ou patrimoniale.
Cette reconnaissance pourrait donner lieu à une protection renforcée ainsi qu’à une meilleure transmission de sa mémoire et de son histoire.
Une telle notion pourrait utilement enrichir le projet de Convention Internationale des Droits de l’Arbre à travers un article additionnel consacré à l’identification et à la protection des arbres présentant une valeur particulière pour les territoires et les générations futures.
Une complémentarité plutôt qu’une opposition
La personnalité juridique de la nature, la Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre et la future Convention Internationale des Droits de l’Arbre ne s’opposent pas.
Elles participent toutes à un même mouvement visant à renouveler la relation entre les sociétés humaines et le vivant.
Certaines démarches explorent l’évolution du droit.
D’autres développent une culture de responsabilité, de protection et de transmission.
Toutes contribuent à faire progresser la reconnaissance de la place essentielle du vivant dans notre avenir commun.
Une vision pour l’avenir
L’arbre constitue à la fois un être vivant, un acteur fondamental des équilibres naturels, un patrimoine partagé et un héritage transmis entre les générations.
La Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre, le projet de Convention Internationale des Droits de l’Arbre et la réflexion engagée autour des Arbres Gardiens participent d’une même ambition : faire progresser la reconnaissance, la protection et la transmission du vivant dans l’intérêt des générations présentes et futures.
Ricardo Rey
Président de la Compagnie des Papillons Bleus
Auteur et initiateur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Arbre