Alienum phaedrum torquatos nec eu, vis detraxit periculis ex, nihil expetendis in mei. Mei an pericula euripidis, hinc partem.

« Wood hunter », chasseur de bois – par Christian Allié

« Mon témoignage sur la déforestation au Gabon » (extrait)

J’étais obsédé par la forêt et je devais me rendre à l’évidence que ma place était d’y vivre et, au début des années 1990, j’avais charge d’âmes, une épouse et des enfants dont je devais assurer la subsistance. J’ai rencontré un homme qui redémarrait sa vie dans l’exploitation forestière, après avoir connu de nombreux ennuis. Un séjour en prison, où l’avait poussé un ancien ministre dont il exploitait un permis en fermage*, l’avait beaucoup marqué. Le grand homme confondait apparemment le chiffre d’affaire avec les bénéfices. Il exigeait souvent de l’argent et, malgré les arguments et les explications de Roger concernant la comptabilité et la gestion de l’exploitation : Il s’était senti floué. Fort de son influence et de sa position, sa plainte au tribunal avait mené Roger à deux années d’incarcération. Il repartait à zéro avec, en guise d’enthousiasme, un fort besoin de revanche, et un énorme désir de faire fructifier les économies qu’il avait pu sauvegarder. Il ne savait plus par quel canal il avait entendu parler de mon expérience de l’exploitation et de ma connaissance de la forêt, mais il espérait bien me convaincre.

En ce temps-là un voisin canadien m’avait surnommé avec une pointe d’envie, “Wood hunter, le chasseur de bois”. S’il connaissait la forêt où les grands arbres supportent des températures polaires, il savait peu de celle où ils s’épanouissent sous le soleil des tropiques.Je sortais de la forêt bien plus de bois que lui, mais avec moins de matériel et de personnel aussi. Mes gaillards connaissaient parfaitement la forêt, savaient tout faire et le faisaient bien, prospecter, abattre, tronçonner, conduire n’importe quel engin. Ils étaient très efficaces et ne ménageaient ni leur temps ni leur peine, leurs salaires étaient certainement la motivation principale, mais en prime nous nous entendions bien, et cela les encourageait à travailler “trop fort même” comme disait le vieux Charles. Mon copain canadien ne comprenait pas notre complicité, nul ne l’avait formé, dans cet espace forestier si particulier, à une compréhension intuitive des informations et des secrets de la végétation. Il n’avait connu ni Bernard, ni les autres de ceux qui m’y avaient initié, et qui surtout, avaient guidé mes pas dans le respect de la nature de la forêt tropicale.

Il ne voyait que du bois à vendre, et la forêt ne lui donnait que ce qu’il méritait. Il ne suivait pas souvent ses hommes en forêt. Comme nombre des chefs de chantiers expatriés que j’ai côtoyé, il préférait attendre sur le parc à bois que les engins y déposent les arbres abattus. Il quittait alors son abri pour “jeter un œil à ce qu’ils me sortent de la forêt”. Le moteur de la voiture tournant au ralenti pour alimenter la climatisation, la glacière garnie de victuailles et de boissons bien fraiches, et quelques bons bouquins, rendent les journées moins longues et moins fatigantes que de longues marches en forêt pour contrôler le travail des équipes.

L’entreprise fonctionnait bien, les hommes étaient rodés au travail bien fait, la trésorerie s’épanouissait, mais les rapports avec mon coéquipier étaient devenus moins chaleureux. Il n’avait plus vraiment besoin de moi, il s’imaginait obtenir de mes hommes les mêmes résultats que moi, économisant ainsi mon salaire. Son attitude bourrue envers moi, durant les rares moments où il était en contact avec les ouvriers, le paiement de la quinzaine et des salaires en fin de mois, était tout à fait éloquente à ce propos. C’était sa façon d’affirmer qu’il était le patron.

Il avait repris ses aises dans le milieu fanfaron des « petits exploitants forestiers ». Il vantait à la cantonade son confort financier retrouvé, la rapidité avec laquelle il avait “remonté la pente, et pratiquement sans aucune aide“. Il envisageait l’avenir sous de glorieux auspices, l’entreprise allait s’agrandir, il avait décidé d’investir dans du matériel neuf. Ces niaiseries m’étaient rapportées dans les bars où je passais très vite en attendant Roger. C’était dans ces lieux qu’il me fixait rendez-vous lorsque ma présence en ville lui semblait nécessaire. Il ne venait plus que très rarement sur le parc à bois, et encore moins en forêt où il aurait eu bien trop de mal à me trouver.

Je ne doutais pas de son honnêteté envers moi, mais dans le circuit des faveurs administratives, il devint évident qu’il usait des mêmes stratagèmes de corruption que la plupart des représentants d’exploitations forestières. Il me demanda un jour de l’accompagner à Mouila pour y régler un problème auprès du service des Eaux et Forêts. Il se chargeait de la négociation mais, souffrant d’une crise de goutte, il craignait de ne pouvoir conduire sur une trop longue distance. Il était question d’obtenir une prolongation de la période d’exploitation, l’autorisation en cours arrivant à son terme1. Il eût été plus simple de régler cette question à Libreville, bien moins éloignée. Une de ses relations dans les hautes sphères des Eaux et Forêts, lui avait recommandé les services d’un chef de secteur provincial particulièrement efficace à résoudre, dans les plus brefs délais, toutes les sortes de tracasseries administratives. Être occasionnellement chauffeur ne me dérangeait pas, être présent à l’entreprise de ce genre de démarche par contre, me mettait mal à l’aise. Quand Roger ouvrit le porte-document qu’il tenait sur ses genoux, mon sang ne fit qu’un tour. Il était plein de billets de banque et, il y trônait un révolver, j’étais certain que Roger n’avait pas d’autorisation de port d’arme.

Tout ça pour ne pas me faire blouser une fois de plus. Le ministre à qui a été attribué le permis sur lequel tu travailles, ne s’est pas acquitté des redevances avant l’échéance, c’est retombé dans le domaine public. Un de ses collègues qui ne l’aime pas, veut lui piquer ce permis-là et un autre qui est mitoyen. Des histoires entre eux dont je ne veux pas faire les frais. J’ai une combine pour être tranquille le temps qu’on termine sur cette zone, mais ça coûte assez cher. Avec tout ce fric, je préfère avoir de quoi me défendre, on ne sait jamais.

C’était déjà sous l’accusation de trafic d’armes prohibées que l’ancien ministre l’avait fait incarcérer. Sous prétexte d’incapacité à conduire lui-même, il me mêlait à ses manigances à base de corruption. L’idée que l’on puisse m’associer à ce commerce abject qu’est la vente d’armes, me révoltait. Les évènements prenant une tournure trop inquiétante, la crainte de faire un séjour en prison pour complicité s’intensifiait à l’idée de la situation catastrophique dans laquelle mes enfants et leur mère se retrouveraient. De retour au camp de base de l’exploitation, un autre évènement acheva de ternir définitivement ce qui me rendait cet homme sympathique, le cauchemar de tous les exploitants forestiers, un accident du personnel africain en forêt !

1 En l’occurrence, il s’agissait d’un PTE (Permis Temporaire d’Exploitation. Surface maximum 25 000 hectares) dont la durée de l’autorisation d’exploitation ne pouvait excéder 10 ans. On peut obtenir, légalement, une prolongation.

Photo: The savannah of Nyonié Gabon. (VIGNA christian)

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